samedi 10 mars 2018

LE JOUR OÙ JE ME SUIS PRISE POUR SCARLETT O’HARA




Si vous me suivez régulièrement (comment pourriez-vous faire autrement, non??!!), vous savez déjà que la visite d’anciennes plantations sudistes était un incontournable de mon voyage en Louisiane. Je ne pouvais absolument pas passer à côté. Depuis mon adolescence (en fait, depuis que j’avais vu le magnifique «Autant en emporte le vent» vers l’âge de 14 ou 15 ans), je rêvais de voir de près l’une de ces plantations typiques du Sud des États-Unis où trône en reine au milieu des champs l’une de ces immenses demeures aux colonnades blanches sorties directement d’un épisode de la guerre de Sécession. Haaa ce que peut engendrer chez une fille l’imaginaire hollywoodien!




Puisque je voulais que cette journée reste gravée dans ma mémoire, j’avais fait beaucoup de recherches au préalable sur les différents circuits proposés par les tour-opérateurs de la Nouvelle-Orléans puisque j’allais voyager sans voiture. Comme je vous l’ai déjà expliqué ICI et ICI, il en existe plusieurs qui offrent diverses excursions combinant habituellement deux plantations situées dans la région de Vacherie, à quelques kilomètres au Nord de NOLA (certains proposent aussi le combo plantation-bayous en une journée). Si vous louez une voiture sur place, vous pourrez visiter toutes celles que vous désirez en suivant la route des plantations longeant le Mississippi.


J’ai choisi de faire affaire avec Louisiana Tour Company pour un tarif de 82$ US. Pourquoi? D’abord parce que je voulais absolument mettre les pieds à Oak Alley Plantation, la plus connue (oui, c’est aussi la plus touristique mais que voulez-vous, c’était non négociable et j’étais hors-saison après tout!) mais surtout, celle qui répondait exactement aux idées que je me faisais d’une plantation : majestueuse, toute blanche et, avec sa longue allée de grands chênes, ultra photogénique!

L'imposante demeure de Oak Alley Plantation impressionne dès le premier regard

Autre point très important pour moi, la compagnie nous laissait plus d’une heure libre sur place avant la visite guidée. De quoi m’en mettre plein la vue (et l’appareil-photo! J’ai d’ailleurs mitraillé le domaine sous tous ses angles pendant ce temps libre).  C’est par curiosité que j’ai choisi comme deuxième visite celle de Laura Plantation. Aux accents créoles et tout à fait différente de l’idée que l’on se fait des luxueuses demeures de planteurs, j’étais intriguée de la voir de plus près. Et je vous le dis d’emblée : ce fut un excellent choix!

L'invitant balcon de Laura Plantation


Oak Alley Plantation


Avant même d'y être, je voulais absolument immortaliser cet endroit. Cette photo a été prise des milliers de fois mais c'est toujours spécial quand c'est toi qui la prends!

Le mini-bus de la compagnie qui offrait cette excursion est venu me chercher à la porte de l’auberge à l’heure prévue pour nous mener d’abord vers Oak Alley Plantation. L’heure du midi approchant, j’ai choisi de me restaurer à la cafétéria de l’endroit (il existe aussi un vrai restaurant sur les lieux mais je voulais profiter au maximum du temps qui m’était alloué avant la visite guidée et on nous avait prévenus que le service pouvait être un peu long) et le sandwich était très bon. Nous y avons même débarqué plus tôt que prévu et j’avais donc du temps devant moi pour faire le tour de la propriété. Et je n’ai pas été déçue, loin de là! Entourée de champs de cannes à sucre (ha oui, j’ai oublié de vous mentionner qu’en Louisiane, c’était la canne à sucre qu’on y cultivait!), je me suis promenée entre les anciens bâtiments réservés aux esclaves jusqu’au manoir.


Quartier des esclaves à Oak Alley Plantation. Chaque case comprenait deux pièces séparées qui étaient chacune occupée par une famille différente de 6 à 15 personnes.



Et ce manoir, photographié maintes fois, avec sa longue allée de 28 grands chênes plantés dès le début du XVIIIe siècle est encore plus beau et majestueux en vrai. J’ai aussi pris le temps de déambuler dans les jardins attenants en m’imaginant maîtresse des lieux. J’ai même cru que la dure mais passionnée Scarlett du film sommeillait en moi! Tout semble carrément magnifié ici.



Les jardins de Oak Alley Plantation aménagés par Josephine Stewart, dernière maîtresse des lieux

Au-delà de la propriété se dressent les champs de cannes à sucre



La visite guidée de l’intérieur est aussi fort intéressante. On nous raconte principalement l’Histoire des familles françaises et américaines qui ont exploité les lieux depuis 1837, date de sa fondation, de leur mode de vie et de leurs petits et grands secrets.



L'inventaire des domestiques de la maison.
Ligne 91: Antoinette âgée de 34 ans estimée douze cents piastres
Ligne 92: Simon (fils d'Antoinette) âgé de 18 ans estimé mille piastres
Ligne 93: Marianna mûlatresse couturière âgée de 30 ans, cinq enfants, Charles de 10 ans, Raphaël de 7 ans, Rosalie de 5 ans, Elizabeth de 2 ans, Geneviève de 10 mois, estimés ensemble quinze cents piastres
Ligne 94: Anna négresse blanchisseuse de 45 ans estimée neuf cents piastres
Ligne 95: Rose mûlatresse créole âgée de 36 ans, deux enfants Nicholas de 3 ans, Céleste de 10 mois, estimés ensemble mille piastres...


Lorsque les portes à l’étage s’ouvrent et que je m’avance sur le grand balcon principal, la fameuse allée de chênes s’élevant devant moi, je vous jure que j’ai entendu à mon oreille la célèbre : «Ma chère, I don’t give a damn!» Non Rhett Butler, c’est trop beau, trop parfait ici, je ne peux pas m’en ficher!





Laura Plantation




Un de mes grands plaisirs lorsque je voyage, c’est de découvrir un endroit inattendu qui devient un coup de cœur et ce fut le cas à Laura Plantation. Peut-être parce que je n’avais pas d’attente particulière, j’ai vraiment été charmée par cette plantation colorée. Charmée oui, mais surtout émue. Malgré mon grand intérêt pour l’Histoire de la guerre civile américaine et même si ma formation d’historienne m’a appris beaucoup sur le passé esclavagiste des grandes plantations, voir de près les lieux et les conditions de vie de ces esclaves de la Louisiane m’a profondément touchée. Parce qu’ici, on vous montre et vous raconte surtout ce triste pan de l’Histoire des noirs en Amérique.

Habitation du contremaître de Laura Plantation

La canne à sucre

Ancienne maison de Henriette, une des femmes de la famille, qu'elle se fit construire sur le domaine

La visite de Laura Plantation débute avec la riche histoire de la famille Duparc qui fit construire la maison dès 1804 et de plusieurs générations de femmes qui s’y succédèrent au fil des siècles. De Nanette à la fameuse et moderne Laura, en passant par Elizabeth, toutes ont laissé leur marque sur cette propriété qui fut exploitée jusqu’en 1984. À la mort de Laura (née en 1861 sous Lincoln et décédée en 1963 sous Kennedy), on imagine bien que c’est toute une facette de l’histoire du sud des États-Unis qui disparaît.


Laura, de l'âge de 18 ans jusqu'à ses derniers jours

Les jardins de Laura Plantation

La deuxième partie de la visite nous amène dans les quartiers des esclaves. C’est alors qu’on prend toute la mesure de leur pauvre vie, entassés à plusieurs dans de minuscules cases d’une seule pièce, non chauffées. Et comme il faisait froid quand j’y suis passée, je pouvais imaginer la misère qu’on pu éprouver ces hommes, ces femmes, ces enfants lors de certaines nuits d’hiver. L’émotion y est vraiment palpable.

L’esclavage avait bien été aboli après la guerre de Sécession en 1865 mais la plupart des esclaves, sans argent et n’ayant pas d’autres endroits où poursuivre leur vie d’hommes libres, demeurèrent sur les plantations. Pour la quitter définitivement, les familles devaient alors rembourser leurs frais de subsistance (vêtements, nourriture) à leurs anciens maîtres. C’est ainsi que j’ai appris avec stupéfaction que la toute dernière famille noire à avoir quitté Laura Plantation le fit en… 1977! Bouleversant, n’est-ce pas ???

Case où habita la toute dernière famille d'esclaves de Laura Plantation


Toute une famille d'esclaves s'entassait dans une unique pièce dépouillée, modeste et non chauffée. On installait des hamacs au plafond pour dormir. Les familles cuisinaient à l'extérieur. Dans les dernières années d'exploitation, on construisit enfin des cheminées et on ajouta une pièce de rangement.

À la fin de la journée, en nous ramenant vers la Nouvelle-Orléans, notre chauffeur nous propose de faire un petit arrêt photo à Evergreen Plantation et tout le monde à bord acquiescèrent rapidement pour une seule raison. Tout aussi typique que sa grande sœur, Oak Alley Plantation, Evergreen et l’interminable allée d’arbres qui la jouxte vous dira peut-être quelque chose puisque son principal intérêt est d’avoir été le lieu de tournage de Django Unchained, chef-d’œuvre du cinéaste Quentin Tarantino!


Evergreen Plantation


J’attendais beaucoup de cette journée qui s’avéra forte en émotions et je n’ai, en aucun moment, été déçue. Ce fut réellement à la hauteur de mes attentes. J’ai beaucoup appris, les guides rencontrés étaient intéressants, je me suis extasiée devant la beauté des lieux, j’ai été remuée et impressionnée. Que demander de plus??!! Je ne peux donc que vous recommander ce passage lors d’un séjour en Louisiane et je crois que peu importe les plantations visitées, vous en reviendrez agréablement surpris.

Non, ce sourire n'est pas feint!

Dites-moi, si vous avez déjà fait la visite d’une ancienne plantation, avez-vous aimé l’expérience autant que moi??? Et sinon, est-ce un rêve que vous caressez?






samedi 3 mars 2018

DANS LES BAYOUS




C’est un incontournable d’un voyage en Louisiane : naviguer dans les bayous. Un peu surprenant par sa flore luxuriante, un peu magique par son potentiel photogénique mais surtout mythique par sa faune incroyable, cet environnement attire irrémédiablement tous les explorateurs en devenir. Bien évidemment, je n’ai pas pu résister à y faire un tour pendant mon séjour à la Nouvelle-Orléans (que j’ai déjà commencé à vous raconter ICI et ICI) et je vous partage aujourd’hui quelques faits saillants de mon escapade. Et si vous êtes curieux de savoir si j’ai rencontré un alligator, vous allez devoir patienter un peu (je laisse planer le suspense quand même)!


« En Louisiane, un bayou (du choctaw bayuk signifiant « serpent, sinuosité ») est une étendue d'eau formée par les anciens bras et méandres du Mississippi. Les bayous s'étendent sur tout le sud de l'État louisianais, formant un réseau navigable de milliers de kilomètres de boyaux. »  - Wikipedia





Comment s’y rendre

Si vous voyagez en voiture, les bayous sont facilement accessibles, à quelques kilomètres bien souvent de la Nouvelle-Orléans. Au Nord, autour du lac Pontchartrain, plusieurs endroits proposent des excursions, notamment le Bayou Sauvage National Wildlife, le Bogue Chitto National Wildlife (près de Pearl River) ou le Maurepas Swamp Wildlife (à LaPlace). Vers le Sud, vous pouvez avoir accès au Jean Lafitte National Historical Park and Preserve et c’est là, pour ma part, que je me suis rendue.

Toutefois, puisque j’y étais sans voiture, j’ai utilisé les services de la compagnie Gray Line New Orleans (50$ US) qui s’occupait du transport et de l’excursion. Plusieurs autres entreprises touristiques (toutes très présentes dans les rues du Vieux-Carré Français) offrent aussi les mêmes services. Vous n’aurez aucun mal à trouver une excursion sur place qui répondra à vos goûts et vos attentes.





Les embarcations

Lorsque vous choisirez votre excursion, il vous faudra aussi tenir compte du type d’embarcation que vous désirez. Les plus populaires restent sans contredit les hydroglisseurs (ou airboats) qui peuvent accueillir entre 6 et 16 personnes, qui procurent une expérience pittoresque mais qui sont plus chers (et plus bruyants!). Puisque je préférais quelque chose de plus calme et de plus lent (pour mieux photographier!), j’ai opté pour le ponton (bateau à fond plat) où peuvent s’asseoir beaucoup de passagers. Heureusement, j’étais en basse saison et on ne se bousculait pas pour une bonne place!




Mon bateau!

Récit de mon excursion


Après nous avoir fait patienter une trentaine de minutes à l’accueil (minutes qui servent principalement à nous vendre un chandail ou un sac de chips!), on prend enfin place dans les bateaux. Je choisis de m’asseoir du côté soleil, près de l’eau mais, comme je l’ai déjà dit, nous sommes peu à bord et j’ai donc amplement le choix de mon espace. On s’embarque donc pour une croisière de deux heures avec un capitaine typiquement cajun qui nous racontera, au fil de l’eau, l’environnement qui nous entoure.

On frôle le Golfe du Mexique avant de s'enfoncer dans les bayous



Contrairement à ce que j’avais lu en commentaires sur plusieurs sites, notre capitaine n’a jamais tenté d’attirer un alligator (en Louisiane, on ne parle pas de crocodiles mais bien d’alligators) en le nourrissant aux guimauves. C’est probablement le cas à d’autres endroits, à d’autres périodes de l’année ou auprès d’autres voyagistes mais pas au moment de mon passage. Il faut savoir qu’en janvier, les animaux sont plutôt absents et qu’il est rare d’apercevoir ces grands reptiles tant convoités par les appareils-photos des touristes.



Au son de la musique, on a droit à un cours « environnement des bayous 101 »! Notre guide nous a notamment appris qu’après l’ouragan Katrina, l’eau salée du golfe du Mexique s’est déversée dans l’eau douce des bayous qui ne s’en sont pas encore complètement remis. J’ai aussi appris que la « swamp » ou le marais est une plus petite étendue d’eau, moins profonde, où la végétation ne pousse pas de la même façon. Il nous expliquera également l’importante présence des entreprises pétrolières le long du Mississippi. D’ailleurs, au gré des explications, le bateau fait quelques arrêts pour nous montrer tout ça, preuves à l’appui.

Ça c'est un marais!

Une ancienne plateforme pétrolière abandonnée

Dès qu’on entre au cœur des bayous, c’est d’abord la végétation que l’on remarque. J’ai l’impression d’être au centre d’une espèce de jungle grâce aux cyprès recouverts de mousse espagnole mais aussi par les nombreuses ramifications qu’emprunte le bateau.



Et puis je me suis mise à photographier frénétiquement toutes les espèces perchées au fil de l’eau : aigrettes, hérons, cormorans, les oiseaux sont nombreux.





Et puis, au moment du dernier arrêt, juste avant le retour, l’une de mes co-passagères, debout, à l’affût, à l’avant du bateau, s’agite soudainement et s’exclame. Oui, oui, c’est bien ça, un spécimen du roi des bayous ondule sur l’eau à quelques mètres de nous. Évidemment, tout le monde se précipite à tribord pour observer le phénomène! Je vous avouerai qu’on est tous en pamoison devant l’alligator (ce serait un chaton tout mignon qu’on n’aurait pas fait mieux)! Il n’est pas très gros, un peu moins d’un mètre et ce sera le seul aperçu pendant cette balade mais je n’en demandais pas plus! Après quelques photos rapides (j’espère, à ce moment, que j’en aurai au moins une bonne!), je le regarde nager jusqu’à la rive et disparaître à travers les roseaux. Un beau moment!




Puis le capitaine embraye la machine pour regagner notre point de départ. Il roule bien plus vite, ce n’est plus une petite promenade du dimanche et avec le vent et l’humidité des marécages, ce seront les 20 plus longues minutes de ce voyage. Je suis littéralement congelée malgré tout mon attirail digne d’un thermomètre québécois de décembre! Je ne porte même plus attention aux pélicans qui nous accompagnent, je ne souhaite plus qu’une chose : regagner la chaleur du bus! Mais malgré ce léger désagrément (bon, pas si léger que ça quand même!), je garderai en mémoire cet excellent moment et cette rencontre unique.